"Un privilège"
Jean-Pierre Dick est arrivé hier dans la baston et, à l'entendre, le garçon avait l'air heureux. Je l'ai déjà dit dans une précédente note, mais Dick m'a beaucoup étonné : celui qu'on annonçait comme un outsider sérieux mais aussi celui que le milieu moquait un peu à voix basse, a connu une litanie sans fin d'avaries... Et, plutôt que de s'effondrer, Jean-Pierre y a puisé d'étonnantes ressources qui l'ont mené jusqu'au bout.
[photo Jacques Vapillon/DPPI - Jean-Pierre Dick dans une position "macarthurienne"]
Rappelez-vous qu'il n'a plus eu de moteur - et donc de sources régulières d'énergies - dès les premiers jours de course ! Et qu'il a donc accompli un tour du monde quasi-complet sans moteur... Mais il n'était pas question qu'il s'arrête : "Je savais que je déprimerais. C'est pour ça qu'on se pose pas de questions : le retour à terre aurait été terrible pour moi si j'avais abandonné."
Lors de sa conférence de presse, JPD a lâché, avec un peu d'humour, qu'il gardait une dent contre le technicien de Lorient qui s'était occupé de l'entretien du moteur qui n'aurait jamais dû connaître cette avarie (une rupture du vilbrequin).
Ca m'a fait penser à une anecdote racontée par Thomas Coville, engagé à bord de Sodebo lors du précédent Vendée Globe : dans les jours qui précédaient le départ, un technicien de la marque d'électronique qui équipait son bateau (je ne m'en souviens plus, mais c'est une marque anglo-saxonne) est venu mettre à jour les programmes des compas électroniques des concurrents équipés par cette marque, afin qu'ils ne connaissent pas trop de perturbations magnétiques dans le Grand Sud. Et bien le technicien en question a fait tous les bateaux, dont celui d'Ellen MacArthur, mais il a oublié celui de Coville ! Oublié, tout simplement...
Résultat, Thomas s'est retrouvé à barrer de longues heures dans ces mers inhospitalières, il y a perdu son podium, il s'est démis le pouce, il a perdu une bonne partie de ses ongles des doigts de pieds, etc. Bref, l'horreur.
De retour sur la terre ferme, Coville est allé voir le responsable de la marque de compas électroniques. Et l'explication a été, dixit, Thomas, virile. Derrière son bureau, pendant qu'un gars de l'équipe de Sodebo bloquait la porte, le technicien avait eu "très peur"...
NB : je viens d'écouter l'enregistrement de ses propos sur le podium, et Dick dit joliment que faire le Vendée Globe, partir 3 mois seul dans la nature, "c'est un privilège". Décidément, ce garçon fait plaisir à entendre...

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